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vendredi 14 février 2014

65 heures, 37 minutes et 8 secondes

Ce n’est ni un défi ni une punition : une simple idée un peu saugrenue davantage motivée par la soif d’expérience que par des raisons économiques. Kochi-Guwahati, 3250 km, 6 états, un train nommé « Guwahati superfast Express » qui fait des pointes à 60km, pour un total de 66 heures en immersion communautaire dans un confort première classe à l’indienne.

Jour 1, 18h30. Le train a déjà une heure de retard. Le pire des 66h je crois que c’est encore l’heure -1, celle que l’on passe à attendre sur le quai, debout, au milieu de centaines d’autres personnes, en se demandant comment tous ces gens peuvent rentrer dans un même train. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Jour 1, 19h15. Le train arrive en gare. Nous commençons un marathon sur le quai, une sorte de courses d’orientation pour trouver notre wagon. Ouf, nous sommes dans le train.

Jour 1, 19h20. Je crois qu’il y a une erreur. Nous avons réservé un billet en première classe. Les places indiquées sont deux lits minuscules dans le couloir, simplement séparés du couloir par un rideau. Seul le lit du bas possède des fenêtres, mais on ne tient même pas assis en se tenant droit.

Notre couchette inférieure (à gauche)


Jour 1, 19h30. Ce n’est pas une erreur, nous sommes bien en première classe. On a eu tatkal, on ne peut pas tout avoir.

Jour 1, 19h31. Nous entendons des voix depuis le fond du couloir, qui se rapprochent vers nous « etchelabibiiii etchela bibiiiiiii ». Ce sont des vendeurs ambulants. Ils passeront toutes les demi-heures environ, pendant 66 heures, pour nous vendre de l’eau (« panee panee panee panee bottle »), du thé (« chaï, tea, lemon teaaaa, chaï, tea, lemon teaaa »), à manger (« biryani biryani biryani biryaniiii) des plats chauds, des gâteaux ou des paquets de chips et plein d’autres choses plus ou moins incongrues (cotton saree, mobile phones, etc).

Vendeur de chaï (1er plan) et vendeur d'eau (2nd plan)

Jour 1, 19h45. Nous cherchons et trouvons une technique pour « ranger » et « sécuriser » nos sacs respectifs sur nos lits respectifs. Kumar dormira sous mon lit.

Jour 2, 20h15. Il est temps de partir explorer le train, à la découverte des toilettes et du lavabo. Est-il humainement possible de se retenir 66 heures ? Non ? Tant pis, nous avons une réserve de lingettes et d’alcool à 90°, ça devrait suffire pour 3 jours.

Le lavabo

Jour 1, 22h. Un peu de lecture et au lit. On ne s’est jamais couché aussi tôt depuis le début de notre voyage. Mais là je crois bien que c’est une question de survie. Je prends le lit du bas, celui qui a les fenêtres. R. dort au-dessus, il semblerait que la clim tourne à fond.

Jour 2, 7h. Il faut que je dorme encore, il faut que je dorme encore.

Jour 2, 9h. Un petit effort, il faut que je dorme encore.

Jour 2. 10h. Je ne dormirai pas plus tard. C’est déjà pas mal, dans 2h ce sera officiellement la moitié de la journée. Il n’en restera plus que 2 (jours, pas heures). Quand-même.

Jour 2, 10h15. Et si je faisais un peu de toilette ? Un petit-dej devrait tuer le temps aussi.

Jour 2, 11h. Je vais profiter de tout ce temps libre pour écrire pour mon blog. Ouf, il y une prise électrique au-dessus de mon lit !
Bon en fait, la prise électrique marche de façon tout à fait aléatoire, ce n’est pas grave, je ferai avec.

Jour 2, 12h. R. descend enfin de son lit, je pensais qu’il dormait. En fait, il attendait, dans le noir, puisque son lit n’a pas de fenêtre. Le pauvre. Je partage mon lit, chacun se met devant son écran.

Jour 2. 13h30. Il serait bien l’heure de manger. Que diriez-vous d’un bon sandwich concombre/moutarde mon cher R. ? Si si, je vous assure que c’est faisable d’éplucher et de couper ses légumes dans le train ! Et en plus, ça tue le temps.

Jour 2, 14h. R. m’annonce qu’il ne tiendra jamais 3 jours dans ce train, et qu’il souhaite descendre au prochain arrêt, où qu’on soit. Déçue, mais compréhensive, j’accepte.

Jour 2, 15h. Le prochain arrêt est là. Rien qui ne nous inspire. On restera encore un peu dans le train finalement…

Jour 2, 15h30. On tue le temps : contemplation des paysages (malheureusement bien plats et pas très intéressants à cet endroit), lecture, musique, bavardages, on s’occupe quoi.

Jour 2, 18h. Finalement nous sommes toujours dans le train, R. tient encore le coup.

Jour 2, 19h. Il serait bien l’heure de dîner. Nous tentons le biryani à l’œuf d’un vendeur ambulant. Bon, demain on se refera des sandwichs aux concombres.

Jour 2, 19h45. Toutes les boîtes de biryani sont entassées dans l’espace entre les 2 wagons. L’interstice est désormais une poubelle géante. Ce n’est pas comme si demain matin un employé allait plier tous les draps propres à installer sur les lits assis par terre à l’entrée du wagon…

Avant les poubelles du repas...

Jour 2, 20h. Je vais me laver les dents. Un homme assis dans le couloir (beaucoup d’indiens passent le voyage dans le couloir devant les portes [ouvertes]), me demande d’où je viens et où je vais. Il commence alors à me mettre en garde : « Les villes des états du nord-est sont dangereuses la nuit. Ne sortez jamais la nuit. ». Cet endroit mystérieux me faisait déjà un peu peur, je suis encore plus angoissée.

Jour 2, 20h30. Un petit film devrait me détendre. Mais qu’est-ce qu’on est inconfortablement installés…

Jour 2, 22h. Cette fois c’est moi qui vais monter sur le lit du haut. R. a attrapé une angine à cause des ventilateurs de la clim dirigés droit sur lui. Moi je trouve juste comment dévier l’air des ventilateurs : je n’attraperai pas d’angine.

Jour 3, 9h30. Voilà un petit goût de rituel : toilette, petit-dej et écriture. Ça nous amènera jusqu’à midi.

Jour 3, 12h. Sandwich aux concombres (quand je vous disais qu’on avait fait une réserve de légumes…).

Jour 3, 15h. Un bruit bizarre arrive du fond du couloir. On dirait un truc qui rampe. On ouvre les rideaux : un enfant est effectivement en train de ramper par terre, en poussant à l’aide d’un carton tous les déchets qui traînent au sol, et il y en a un paquet ! C'est un vrai choc.

Jour 3, 15h15. Le tas de déchets est parti avec le reste des déchets dans l’interstice entre les wagons. Le petit garçon vient nous demander une pièce. On le paye, j’ai sérieusement envie de pleurer.

Jour 3, 15h30. Nous sommes arrêtés dans une grande ville. Nous sommes à Calcutta.

Jour 3, 15h35. Des mendiants montent dans le train. Le premier est unijambiste. La seconde n’a plus d’avant-bras. Je suis horrifiée. Nous fermons les rideaux, je ne préfère pas voir la misère.

Jour 3, 15h45. Ce n’est pas deux rideaux à scratch qui vont arrêter les mendiants. Un premier moignon passe à travers les rideaux, en quête de monnaie. Quelques autres suivront. On se croirait dans un film d’horreur.

Jour 3, 16h30. Nous avons redémarré et passé Calcutta. Il n’y a plus de mendiants dans le train. Par la fenêtre, je peux voir tous les bidonvilles où les gens vivent dans des conditions extrêmement précaires, dans une grande pauvreté. Je n’irai jamais à Calcutta…

Jour 3, 19h. Le temps se fait trop long. Heureusement, il va être l’heure de manger.

Jour 3, 20h30. Un nouvel enfant rampe dans le couloir pour ramasser les déchets...

Jour 3, 21h30. Les gens se couchent, mais la climatisation a été poussée à son maximum. Il doit faire 15 degrés dans le train, contre une large vingtaine dehors.
Nous allons voir les contrôleurs pour leur demander de monter un peu la température.

Jour 3, 22h. Il fait toujours aussi froid. R. va jeter un œil aux tableaux de contrôle pour tenter de résoudre le problème  lui-même. Mais nous avons peur de toucher aux mauvais boutons et nous préférons retourner voir sagement les contrôleurs pour insister de nouveau. Ils montent (un petit peu) la température.

Jour 3, 22h30. Je prends le lit du bas.

Jour 4, 8h. Nous nous réveillons « tôt » aujourd’hui car nous devons arriver à 10h.

Jour 4, 10h. Nous ne sommes pas du tout arrivés visiblement. En fait, nous avons 3 heures de retard. Ces heures seront longues, très longues.
Nous nous occupons à scruter nos voisins d’en face, un couple de jeunes indiens qui communique en anglais. Nous concluons que le garçon, aux airs asiatiques, vient du Nord-Est et étudie dans le sud de l’Inde où il a dû rencontrer sa copine, qui parle une autre langue indienne. Peut-être tamoul.

Oui, on s’occupe comme on peut…

Jour 4, 11h45
Nous nous faisons accoster par de nombreux chauffeurs de taxi partagés qui veulent savoir où nous allons. Ils proposent des destinations du Nord-Est, visiblement nous arrivons bientôt.

Jour 4, 12h
Nous traversons un immense fleuve qui aurait de quoi faire rougir la Loire. Ca doit être le fameux "Brahmapoutre". Je crois que nous sommes très bientôt arrivés.

Jour 4, 12h52
Voici enfin la lumière du jour ! Je retrouve la sensation de la marche, l'usage de mes jambes.

...Nous aurons survécu, nous aurons atteint notre but, nous sommes en Assam, riches d'une expérience que tout le monde ne saurait avoir vécue...! :)

mardi 11 février 2014

Kumar

Kumar, c’est notre nouveau compagnon de voyage.
Il mesure environ 40 cm de haut et 30 cm de large. Il doit peser 400 grammes. Il est rond, tout vert et doté d’une jolie anse robuste.

J’ai trouvé Kumar lorsque R. m’a demandé d’acheter un seau afin que nous puissions laver nos vêtements avant de partir pour le Nord-Est. Il était destiné à un usage unique, prédisposé à rester à Kochi, sa ville d’origine. Mais Kumar est beau, attachant et surtout bien pratique.

Il se trouve que nous avons commencé à nous doter d’un peu de matériel de cuisine afin de devenir un minimum autonomes dans la consommation des aliments et des boissons : deux verres et une assiette nous accompagnent depuis quelques temps déjà. Or, le jour du départ, nous complétons notre attirail par un épluche légumes et une réserve de concombres, du pain et de la moutarde, deux cakes, un litre de jus d’orange et deux bouteilles d’eau, destinés à être les uniques ingrédients de nos repas pour les 3 jours à venir.

Ne sachant plus trop comment transporter tout cela, nous avons pensé que Kumar devrait nous accompagner. Il sera le partenaire idéal pour porter tout cet attirail.
Dans le train, Kumar sera effectivement d’une efficacité redoutable. R. songera encore à abandonner Kumar aussitôt arrivés dans les états du Nord-Est. Mais le temps fera de lui un compagnon indispensable, qui nous suivra longtemps, très longtemps, mais malheureusement trop peu longtemps. Kumar sera devenu comme un fils, une vraie mascotte qui fera de nous des voyageurs singuliers, mais que nous devrons lâchement abandonner à la fin de notre périple dans le nord-est, faute de lui avoir réservé son billet d'avion.

Je vous expliquerai par la suite ce qu’il adviendra à notre cher et tendre seau.

Une réplique de Kumar



lundi 10 février 2014

Tatkal, nous t'aurons !

Nous voilà repartis vers le Nord, direction Ernakulam, plus connue sous le nom de « Kochi ». Ancien comptoir irlandais, « Fort Kochi », est la partie ancienne de la ville qui forme une presque île, célèbre pour ses ruelles bordées de jolies maisons et pour son activité de pêche aux carrelets chinois.



A peu près remise sur pied mais le ventre bien vide, je me sens d’attaque pour deux nouvelles heures de bus. Nous arrivons à Ernakulmam, nous apprêtant à être comme toujours harcelés par une dizaine de chauffeurs de rickshaw qui nous sautent dessus à peine descendus du bus. Mais cette fois, pas de rickshaw. C’est bien dommage car aujourd’hui nous en avons vraiment besoin ! Le port depuis lequel nous devons prendre un bateau pour Fort-Kochi se trouve à 3km, hors je me sens encore toute affaiblie et je ne me sens pas du tout de marcher avec 20kg sur les épaules sous la chaleur du plein après-midi. Après 30 longues minutes de recherche d’un tuk-tuk, nous apercevons une « gare » de rickshaws : ils sont plusieurs dizaines garés dans un parc, sans personne à l’intérieur. Cela nous paraît bien louche car les rickshaw en Inde circulent toujours sans-cesse à la recherche de passagers. Avec humour, nous imaginons une « grève des rickshaw » : eh bien ce n’était pas si drôle. Des passants nous confirment : il y a effectivement… une grève des rickshaw ! Pas d’autre choix possible, nous devrons marcher.

Une heure plus tard, nous atteignons enfin l’embarcadère. Il nous faudra encore autant de temps avant d’arriver sur la presqu’île de Fort-Kochi. Mais le voyage en valait la peine : cette petite ville ancienne est particulièrement jolie. On y retrouve une atmosphère occidentale similaire à celle de Pondichéry, où il est agréable de flâner dans les ruelles bordées de jolies maisons et de boutiques d’artisanat. Il nous reste encore à trouver un hébergement. Les premiers que nous visitons sont tous complets ou bien trop chers pour nous. Epuisés, nous nous arrêtons quelques instants sur un banc. C’est alors qu’une moto s’arrête devant nous. Un indien au look afro nous aborde : il tient une Guest House et a une chambre libre. Il nous propose de nous emmener en moto jusque là-bas. Je prends ça comme un signe providentiel et laisse R. partir avec l’afro-indien tandis que je reste sur le banc pour garder les sacs. Chambre approuvée par R., nous allons nous installer là-bas, partant chacun notre tour en moto avec notre hôte.



Kochi étant une ville très touristique, nous pouvons de nouveau louer un scooter. Nous profitons donc du véhicule pour découvrir les alentours et sortir des sentiers battus. En descendant au hasard vers le sud, nous prenons vite goût à rouler en scooter : tous les indiens nous font des coucous sur la route, souvent même accompagnés de francs « Hellos !! » et de sourires colgate. Nous nous arrêtons dans un petit village de bord de mer, bien à l’écart des flux habituels de touristes. Nous sortons nos appareils photos et nous retrouvons vite au cœur de la vie de ces petites rues résidentielles. Les gens passent, nous interpellent, demandent une photo, sourient,… Les enfants, heureux, se font vite nos guides et nous amènent sur une magnifique plage. Quelques rencontres éphémères, mais chaleureuses, teinteront notre petit séjour ici de beaux souvenirs.






Mais en fait, ces quelques jours à Kochi ne seront pas tant marquants par les sourires échangés que par l’évènement tout à fait déterminant pour la suite du voyage. En effet, R. m’avait depuis bien longtemps demandé à aller visiter les états du Nord-Est, l’espèce d’ex-croissance indienne de l’autre côté du Bengladesh. Je n’avais pas dit non, mais nous sommes finalement partis dans la direction opposée et nous nous trouvons maintenant au Sud-Ouest du pays. Lorsque nous étions coincés à Varkala, R. m’avait proposé de reprendre un vol intérieur, mais je n’avais pas très envie de traverser le pays d’une traite. Or il avait justement vu qu’une ligne de train reliait Kochi à Guwahati, la capitale de ces états du Nord-Est. L’idée d’un périple en train me plaisait bien : une belle façon de mélanger authenticité, découverte et réalisation du symbole même du voyage, la traversée en train.

Le problème, c’est qu’en Inde tous les trains sont complets bien longtemps à l’avance. Heureusement, il existe une solution de dernier recours, à l’étrange nom de « tatkal ». Tatkal, ce sont ces billets « d’urgence » que l’on ne peut obtenir que le matin de la veille du départ, à 10 heures. Mais ces billets sont évidemment limités en nombre et sont donc réservés aux plus chanceux, ou plutôt aux plus lèves-tôt, ou en fait même aux plus malins. Quoi qu’il en soit, « tatkal » reste encore une notion floue pour nous, mais représente notre grand espoir de pouvoir partir à l’autre bout du pays et fuir cette région très touristique pour un coin tout à fait mystérieux.

Le « Guwahati Express » passe le mardi soir par Kochi. Lundi matin, nous devons donc être aux aguets pour obtenir ce fameux Tatkal. Après nous être renseignés auprès de différentes personnes sur la démarche, le lieu et l’heure, nous prévoyons d’arriver à 8h en gare d’Ernakulam. Ce lundi matin, R. prend donc les commandes de notre scooter et nous emmène pour 1h de traversée à la fraîche, au cœur du pôle urbain. Devant de grands panneaux « No Parking », nous garons notre scooter, parmi la centaine d’autres deux-roues déjà stationnés, concluant que ces panneaux doivent être à l’image des règles en Inde : un pur élément décoratif, mais pas du tout usuel.



Après 30 minutes de queue, nous accédons à un guichet. Première désillusion : le vendeur nous informe que nous arrivons bien trop tard pour espérer avoir un billet pour le Guwahati express, puisque nous sommes les 15èmes sur la liste et qu’il ne reste que 3 places dans le train. Il nous délivre quand-même un numéro de passage, que nous devons conserver jusqu’à l’appel de 10h. L’obtention des billets semble perdue d’avance : devons-nous repartir au lieu de perdre 2 heures supplémentaires à attendre ou devrions-nous attendre dans l’espoir d’un éventuel miracle (que je nommerai le miracle indien ou l’art de rendre l’impossible tout à fait possible) ? Désemparés, nous nous asseyons un moment pour réfléchir à une solution de remplacement, à un itinéraire bis. Nous nous rendons donc à un guichet pour nous renseigner sur les autres trains partant en direction du Nord-Est.



L’homme au guichet ne nous renseignera pas sur les trains, mais nous délivrera une information précieuse : « Si vous souhaitez obtenir vos billets Tatkal, allez plutôt au guichet bis de l’autre côté de la gare. Il ouvre à 9h30, vous passerez donc avant les appels de 10h ». Info ou intox ? N’ayant plus rien à perdre, nous parcourons les 10 minutes qui nous séparent de ce guichet. Sur place, un homme attend déjà avec plusieurs formulaires « tatkal » apposés en pile devant le guichet encore fermé. Il nous demande quel est notre train, et après avoir vérifié les autres bulletins, nous informe que nous sommes 5èmes dans la queue, mais les premiers à demander le Guwahati Express. Pleins d’espoir, nous attendons une heure l’ouverture du guichet.



9h30, la guichetière se fait attendre. 9h35, elle lève enfin le petit rideau. Un garçon passe devant tout le monde, nous ne comprenons pas. L’homme dans la queue nous annonce alors que l’ouverture des billets tatktal ne se fait qu’à 10 heures. Emplis de déception, de colère et de désespoir, nous repartons aussitôt vers le premier guichet où nous avions au moins un numéro de passage. Mais après 10 minutes passées à attendre en observant l’importance de la foule qui attend aussi, nous nous rendons à l’évidence : nous n’aurons jamais ces billets. Dans un dernier élan d’espoir, nous décidons instantanément de filer à l’autre guichet. Nous traversons la gare à toute allure : il est 9h55 et le guichet bis a déjà commencé les ventes de Tatktal. Nous passons tout de suite : les ventes n’ayant pas encore ouvert de l’autre côté, nous passons les premiers sur la liste. Bingo : nous obtenons nos billets !!!

Heureux, victorieux, nous repartons tout frais dans l’idée de ce nouveau départ récupérer notre scooter. Chose étrange : notre deux-roues est attaché avec tous ses voisins de rangée par une chaîne. Un homme nous voit sceptiques et vient alors nous expliquer que nous sommes garés sur une zone interdite au stationnement et que nous devons donc aller payer une amende à la police municipale afin de pouvoir récupérer notre scooter. Est-ce que ce pays est sérieux ?



Il est vrai que la police me manquait déjà. Nous repartons donc retrouver nos amis fonctionnaires. Très heureux d’avoir obtenu nos billets, notre karma est positif : nos grands sourires et notre peau blanche nous permettront de récupérer notre scooter sans avoir à payer. Les policiers ont cette fois été de bonne foi et ont admis qu’il n’était pas évident pour des étrangers de comprendre que le stationnement était effectivement interdit.


Une belle journée s’annonce. Demain nous partons pour 60 heures de train. R. commence déjà à douter sur sa volonté à vraiment vouloir affronter cette épreuve. Moi, je suis un peu stressée à l’idée de partir dans cette contrée lointaine et inconnue, mais excitée à l’idée du périple qui nous attend. 


dimanche 12 janvier 2014

L'art de la négociation

Le roupie, monnaie indienne, a un cours très intéressant pour les européens : 1 € vaut 83 roupies. Bien que j’aie rapidement trouvé le moyen de convertir les roupies en euros par un simple calcul mental, les nombres à rallonge que j’obtiens me font parfois perdre l’échelle des valeurs, qui selon les biens n’a parfois rien à voir avec la nôtre. Chaque achat nécessite un temps de réflexion pour que je sache si le bien est vendu à son juste prix ou si le vendeur l’a décuplé par quatre devant ma tête de blanche ahurie.
Dans beaucoup de magasins comme sur tout le bazar de Jaipur par exemple, ou pour des services comme le rickshaw*, les tarifs ne sont pas affichés. Il faut donc demander les prix… et négocier. La méthode de Kedar est simple : divise toujours le prix par deux puis vois si tu peux encore négocier davantage. Mon problème c’est que je déteste négocier, que les prix ne me paraissent déjà pas chers et que je me sens donc mal de les compresser davantage. Mais c’est le cas de beaucoup d’occidentaux en Inde et c’est bien pour cette raison que de nombreux marchands n’hésitent pas à gonfler copieusement leurs prix pour nous.



Pour ma dernière journée à Jaipur, où je souhaite faire quelques courses sur le bazar, j’ai donc demandé à Heena de m’accompagner. Après 1h30 passées avec elle à l’observer négocier, j’obtiens une idée de la valeur des objets qui m’intéressent. Je la laisse alors repartir et continue seule : l’après-midi sera sportive ! Je passerai 3h à chercher ce qui me plaît, demander le prix, comparer, revenir, négocier,…
J’apprendrai en rentrant le soir que j’ai très bien négocié le prix de certains articles (2 beaux foulards pour 4€) mais que je me suis fait complètement avoir pour d’autres : le bijoutier avec qui j’avais sympathisé m’a vendu une bague soi-disant « semi-précieuse » avec des saphirs pour 22€. En réalité, elle n’est même pas en argent massif… Déçue de n’avoir pas su gérer ces affaires d’une main de maître, je me dis que je dois redoubler de vigilance pour ma prochaine étape : Udaipur, la ville touristique. Vikram m’a mise en garde : surtout n’achète rien à Udaipur, les vendeurs trouveront toutes les techniques possibles pour se rendre sympathiques à tes yeux et t’inciter à acheter, mais là-bas tout sera plus cher qu’ailleurs.

Après 6 heures de train, je débarque donc à Udaipur. Je suis attendue par le gérant de l’hôtel que j'ai réservé, un ami de Sylvie, la dame par qui j’ai connu l’association de Pondichéry dans laquelle je dois me rendre 3 jours plus tard. Je suis rassurée que l’adresse et la personne m’aient été recommandées mais je reste méfiante, mon expérience passée oblige. A mon arrivée, il m’apprend qu’il avait compris que j’arrivais à 6h du matin et qu’il m’avait donc attendue une heure avant de voir que je n’étais pas là. Il ajoute que par conséquent sa chambre single a déjà été louée mais qu’il me donne une double pour le prix de la simple. La chambre est magnifique. Je le remercie, mais déjà je me demande si me faire sentir en dû est une technique pour me vendre d’autres choses ensuite… comme la visite de la ville en rickshaw qu’il me propose pour le lendemain.

Vue depuis la terrasse de l'hôtel


Je sors arpenter les rues d’Udaipur et visiter le palace, monument principal. Cette ville construite sur les bords de lacs et entourée de montagnes a un air d’Annecy à l’indienne. Elle est vraiment jolie, mais très vite l’atmosphère hypra-touristique et les dizaines de commerçants qui me sautent dessus à la minute m’exaspèrent. Excédée, je pars visiter des quartiers un peu plus éloignés du cœur touristique, où je souffle de nouveau. De retour à l’hôtel, je décide d’accepter le tour de la ville en tuktuk par le gérant de l’hôtel, ayant déjà visité le principal en cœur de ville. Je reste sceptique sur la réelle nécessité du transport motorisé, mais sans plan de ville et avec un train à reprendre à 17 heures, je me dis que c’est sans doute ce que j’ai de mieux à faire.

Mais le lendemain s’avère une succession événements qui vont m’énerver. Je découvre certes de jolis endroits un peu à l’écart du principal flux touristique, mais tout cela avec mon chauffeur impatient. Il m’emmène dans un magasin de « pashminas » (étoffes de soie), qui font la réputation de la ville. Dans le magasin, je sens que je dois acheter, mais je ne souhaite pas acheter. Comment savoir si ce gérant est honnête en me disant qu’il m’amène dans un vrai magasin artisanal et non dans l’un des nombreux attrapes-touristes de la ville ?
Je devais aussi me procurer un téléphone portable et une puce indienne, Kedar et Bernadette, la présidente de l’association de Pondichéry, m’ont tous les deux dit qu’il est très simple et peu coûteux de se procurer un téléphone en Inde. Je demande donc à mon chauffeur de rickshaw de m’arrêter dans un magasin de portables. Je demande le téléphone le moins cher et voilà déjà que le vendeur m’explique qu’il ne peut pas me donner de facture car son imprimante ne marche plus. Après plus de 5 minutes à insister pour obtenir quelque-chose, je décide de laisser tomber et m’en tiens à vérifier le numéro IMEI du téléphone, comme me l’avait préconisé Vikram. Je demande comment avoir une carte SIM : le vendeur et mon chauffeur me disent que c’est très compliqué et que cela nécessite 48h avant l’activation de ma carte. Je suis embêtée car il me faut vraiment un téléphone le jour même. Le vendeur propose alors de me vendre une carte SIM à lui pour 200 roupies. J’accepte, ne sachant pas trop si c’est une bonne idée ou si je suis en train de me faire avoir.








Après le tour en rickshaw, je pars visiter le grand temple. Je tombe pendant une cérémonie, le chant et la bonne humeur des femmes me détendent. Après un moment, un touriste chinois me fait signe que je peux passer devant l’autel pour qu’on signe mon front d’un point rouge (ce dont j’ignore encore la signification exacte). Un garçon commence à me parler et à m’expliquer des choses sur le temple, puis il me fait signe de le suivre dehors. Son anglais est très approximatif, mais il a l’air tellement passionné que je le suis. Après une visite interminable à laquelle je n’aurai rien compris… il me demande évidemment de l’argent. Énervée, je refuse : je n’avais rien demandé moi !

En sortant du temple, je tombe alors sur un vieil indien borgne et francophone. Il m’explique qu’il est professeur d’art, il enseigne la technique de peinture sur soie qui fait la réputation d’Udaipur. Il me dit que ses étudiants font justement une exposition de leur travail, qu’ils exporteront très prochainement à Paris. Curieuse, je le suis jusqu’à son école. Dans une salle, trois hommes sont en train de peindre et m’expliquent leur travail. Ils œuvrent avec une minutie sans égal. L’un d’entre eux me montre les collections : évidemment, il attend que je lui achète une œuvre. Un peu énervée, je lui réponds que je suis simplement venue voir par curiosité mais que je ne souhaite pas acheter. Il finit par laisser tomber son argumentation et aperçois mon sac du magasin de téléphone. Interpellé, il me demande ce que j’ai acheté et me dit qu’il est aussi client de ce magasin. J’en profite pour lui parler de ma carte SIM. J’apprends alors qu’une carte SIM n’est pas si compliquée à obtenir et ne coûte que 50 ou 100 roupies.
Je suis au bord de la crise. Tous ces arnaqueurs m’ont tapé sur les nerfs et j’ai l’impression dans cette ville d’avoir été lâchée dans une arène de tigres. Je n’ai qu’une envie : en partir. Je décide donc de marcher à la recherche d’un endroit un peu au calme pour pouvoir passer mes coups de fil. Mais en Inde, ville et endroit calme est une vraie antithèse. Je passe par quelques magasins de téléphones pour vérifier le prix et la procédure pour activer une carte SIM : j’obtiens des informations très différentes. Dépitée, ne sachant plus du tout si je me suis réellement faite avoir ou pas, je retourne à l’hôtel et décide d’attendre patiemment mon train, avec un petit goût amer.

* Rickshaw : plus souvent connus sous le nom de « tuktuk », les rickshaw sont des taxis à 3 roues, motorisés (autorickshaws) ou traditionnels (vélos armés d’une petite charrette). 





jeudi 2 janvier 2014

L’épreuve du feu : une journée dans la ville [seule]

Ma première sortie "chaï"
Jusqu’ici, je m’étais toujours promenée en compagnie de Kedar. Un tour à pied dans la ville, une longue balade en voiture sur les pas de sa vie, quelques trajets en scooter pour nous rendre à son bureau. Tout me paraissait donc facile. Ma première sortie seule a consisté à aller chercher du chaï (thé indien succulent à base de thé noir, lait, sucre, cardamome et gingembre), à 50m du bureau sur un trajet que j’avais déjà fait accompagnée. Déjà, lorsque j’ai proposé d’aller chercher des chaï, Kedar, Vikram et Rajendra ont ri en me disant « Ah oui ? Et tu fais comment pour demander du thé à un type qui ne parle pas anglais ? ». Facile ! J’ai appris à compter jusqu’à 10. Nous sommes quatre donc ça fera « djâr chaï ». Rassurés, ils m’ont laissée partir. Le vendeur de chaï était étonné de voir une occidentale ici, mais il m’a bien comprise et m’a servi le thé, sans chercher à m’arnaquer. Il paraît même que le chaï était encore meilleur que d’habitude !

Baptême passé, je propose à Kedar de me laisser autonome le lendemain, et d’en profiter pour passer du temps au bureau. Il accepte, mais s’inquiète de savoir comment je trouverai mon chemin. Je lui demande un plan de la ville et insiste sur le fait que je pense pouvoir me repérer et retrouver la maison. Il me trouve donc un plan, me donne quelques conseils et avertissements, comme celui de ne pas répondre aux commerçants qui veulent me vendre des choses ou aux hommes qui m’abordent.

11h30. Après un long petit-déjeuner, je quitte la maison, mon appareil photo autour du cou. Je pars d’abord remonter la longue artère commerçante de la ville, ou des « bazars » se succèdent, chaque quartier ayant sa spécialité commerçante : épiceries, tissus et vêtements, sculpteurs, bijoutiers, mais aussi fournisseurs de matériel de gros œuvre et autres magasins ultra-spécialisés. Les commerces sont abrités sont les longues arcades des bâtiments roses du XVIIIe, qui valent le nom de « ville rose » à Jaïpur. Sous les arcades encombrées les commerçants lancent chacun leur tour des « allos » pour attirer les nombreux passants qui se croisent dans leurs boutiques. Sur le bord de la route, les piétons slaloment entre vendeurs ambulants installés sur le bord de la route et véhicules qui arrivent par tous les côtés. Le bruit des klaxons mêlés aux appels des commerçants est aussi assourdissant que tonifiant. Les couleurs vives des épices, des étoffes, des fleurs et des fruits ravissent mes yeux d’occidentale.






Vue depuis le temple
Deux passants m’arrêtent successivement pour me conseiller d’aller visiter le temple de l’autre côté de la route, d’où je pourrai embrasser une belle vue sur la ville.
Je suis les instructions de Kedar et répond à peine à ces hommes, mais je décide de suivre leur conseil. Je visite donc mon premier temple accueillie par un indien francophile designer de bijoux. Comme je m’intéresse à son travail, il m’emmène ensuite dans sa boutique d’où je repars avec une paire de boucles d’oreilles après avoir bu un chaï. Je continue mon chemin, et sans le savoir j’emprunte une rue très touristique où les occidentaux sont de vraies proies pour les vendeurs. Je me trouve donc assaillie de « Hello ! Where are you from ? Have a look in my shop ! » que je tente péniblement d’éviter. Là, je réalise que quelqu’un est en train de me parler en français. Interpellée, je m’arrête. C’est un homme grisonnant à la barbe rouge vif. Je discute rapidement avec lui, il me propose de me montrer un magnifique point de vue sur le palais des vents. Contente de ma visite du temple, j’accepte. Je me retrouve alors tout en haut d’un bâtiment où la vue est effectivement imprenable sur le palais. Là nous faisons la connaissance d’un vendeur de bijoux, qui nous prend en photo. 

Le vendeur à la barbe rouge


Vue depuis le toit du 3e point de vue
Après un passage obligé par la boutique du vieil homme d’où je réussis à partir sans acheter (mais après 10 minutes au moins !), je reprends mon chemin. Je tombe alors sur le vendeur de bijoux qui me propose de me montrer un magnifique point de vue sur la ville. Je commence à m’énerver en lui répondant que j’en ai marre qu’on me montre des points de vue pour être forcée à acheter ensuite. Il me répond que j’ai déjà vu sa boutique et qu’il n’a donc rien à me vendre. Contente des deux découvertes précédentes, je le suis. Il m’emmène sur le toit d’une des plus hautes maisons de la ville où la vue est effectivement magnifique. Des singes débarquent et le vendeur prend peur : il sort un bâton et me dit de ne pas m’inquiéter. En réalité, il a l’air bien plus inquiet que moi et me propose de redescendre, ce que j’accepte volontiers. Puis il m’offre un chaï à son tour puis je tente de repartir rapidement voyant qu’il pourrait commence à mal interpréter ma « réceptivité à l’échange », Kedar m’a bien mise en garde sur le sujet.

Le redoutable singe


Excédée par les commerçants racoleurs, je décide d’emprunter une rue transversale, dans laquelle je ne serai ralentie que par un troupeau de vaches que je n’arrive pas à doubler. J’atterris ensuite dans un quartier plus populaire, un quartier d’intouchables, la plus basse des castes indiennes. Et c’est finalement dans ces quartiers qu’on se sent le plus en sécurité et le plus tranquille. Je continue mon chemin au hasard des rues sans perdre mon orientation. Je rentre alors dans un quartier musulman où les femmes portent la burka et où je croise un dromadaire, avant de me retrouver dans une procession d’hommes qui partent prier à la mosquée, qui semble être un joyau architectural mais que je n’aperçois que de loin. Je réalise alors que mon t-shirt à manches courtes est presque indécent et je décide de me couvrir les bras avec mon foulard pour passer plus inaperçue, chose en fait impossible pour un-e occidental-e en Inde.

L'entrée de la mosquée


J’atteins la fin de la vieille ville et me laisse attirer par une ruelle qui monte dans un quartier populaire. Là, je suis assaillie par une bande de jeunes
garçons qui veulent que je les prenne en photo. Ils sont adorables alors j’accepte : ils me suivront alors plusieurs centaines de mètre voulant poser de nouveau à chaque mètre que je parcours. Je ne sais plus comment m’en défaire, lorsque je croise une vieille dame qui me fait signe de la suivre, ce que je fais. Elle m’amène en fait devant chez elle, où elle appelle toutes ses voisines. Les enfants sont encore là. J’ai devant moi une explosion de cris de joie et de couleurs, les femmes s’exclament en hindi et me demandent des choses que je ne comprends pas. Je prends de nombreux clichés, que je leur montre, touchée par leur joie de vivre, mais inquiète de trop de proximité avec ces femmes et enfants qui attirent les mouches par leur saleté et donc surement couvertes de poux.





A l’extrémité Est de la ville
Je finis par réussir à partir, plus tout à fait sure de mon chemin avec ces rues qui serpentent et les enfants qui continuent à me courir après en me disant des choses en hindi que je ne comprends pas. Mais je continue à me fier à mon sens de l’orientation, qui me conduira bien où je le souhaitais : à l’extrémité Est de la ville. Je traverse un quartier résidentiel, puis un quartier commerçant à l’écart du brouhaha avant de retomber comme je le souhaitais sur le bazar. Je commence à avoir bien soif, mais il me faut passer aux toilettes avant de pouvoir me réhydrater. Je me demande alors : comment puis-je faire, femme, au milieu d’une ville indienne, pour trouver des toilettes ? Je pars donc à la recherche d’une Guest house (sorte de chambre d’hôtes), d’un hôtel ou un resto. Cette recherche me conduira bien loin, jusqu’à ce qu’il me devienne très difficile de chercher encore. Désespérée, j’allais me rendre à la Croix Rouge lorsque j’aperçois que sur une petite maison qui sert de rond-point, il est inscrit « Toilet complex ». Il s’agissait bien de toilettes publiques. 10 roupies l’entrée : ce n’est vraiment pas donné, mais pour moi c’est l’équivalent de 12 centimes, et les toilettes, bien qu’à la turque et minuscules, sont propres.

Les toilettes tant attendus

Un chaï bien mérité
16h. Je me pose pour boire un chaï. A 5 roupies (6 centimes) la tasse, c’est mon plaisir quotidien ! Je reprends ma route, et passe devant de grandes allées qui conduisent jusqu’à un magnifique monument de style colonial. Les allées ont un air de promenade maritime de la côte d’Azur, mais dans une version « abandonnée » : elles sont jonchées de déchets et les espaces verts sont davantage investis par les animaux qu’entretenus par la ville. Je croise une famille qui me demande une photo : cette fois ils ne veulent pas que je les prenne, mais ils veulent me photographier avec eux. J’accepte, ils sont heureux, ça m’amuse. En rentrant vers la maison, je longe une rue où des gitans ont pris possession des « trottoirs » : les plus pauvres habitants de la ville sont les gitans, qui n’ont pas de maison fixe. Mais si l’on compare la situation des gitans en Inde avec celle des gens du voyage en occident, je ne pense pas que les nomades indiens soient plus miséreux.



La nuit tombe, et je rentre de cette folle journée des souvenirs plein la tête, fière d’avoir retrouvé mon chemin sans l’aide de quiconque ni même d’un plan et avec le sentiment de maîtriser un peu mieux les codes et les subtilités de la vie en Inde.