vendredi 24 janvier 2014

"On m'a volé mon sac !" : une semaine au commissariat.

Ce n’est qu’au bout de quelques jours que je prends enfin le temps de visiter Pondichéry, ayant passé une grande partie de mes journées avec les enfants dans l’association pendant les fêtes de Pongal.  La ville est bien différente de ce que j’ai pu voir jusqu’ici : calme, aérée et longée par une promenade de bord de mer qui lui donne des allures de station balnéaire, bien que la plage ait disparu depuis plusieurs années déjà. Ancien comptoir français, elle est encore divisée en 2 parties : « la ville blanche » et le reste. La ville blanche borde la mer et est séparée du reste de la ville par un canal. Ses rues sont faites de beaux pavillons individuels qui témoignent de la richesse des colons qui les ont habitées. On trouve encore aujourd’hui dans ce quartier les institutions qui perdurent : consulat, Alliance française, lycée français,… Les français sont toujours très nombreux. Outre les touristes, qui sont plus concentrés ici qu’ailleurs du fait de la renommée de la ville dans notre pays, de nombreux expatriés vivent à Pondichéry.



Les indiens du Sud sont très différents de ceux du Nord. Pondichéry se trouve dans l’état du Tamil Nadu, qui a sa propre sa propre langue, le tamoul, et sa propre industrie culturelle : films, chansons, danses, etc. Physiquement, les indiens du Sud ont la peau beaucoup plus foncée et sont généralement plus petits. Même si j’ai trouvé les indiens du Nord très accueillants, les tamouls le sont encore davantage et sont surtout très souriants.



Pour visiter la ville, j’opte pour le vélo. C’est mon grand baptême : première conduite en Inde. Je m’habitue vite à rouler à gauche, à prendre les rues en contre-sens pour tourner sans danger, à me rabattre lorsqu’un klaxon m’informe qu’un véhicule arrive sur ma droite et à slalomer entre les animaux qui encombrent la chaussée. A l’aise sur ma bicyclette, je pars donc pour une balade à travers les rues de bords de mer. La ville est tranquille et mon expérience de Jaipur où tout peut rester dans la rue sans être volé me met en confiance : je pars avec mon sac à main dans le panier avant de mon vélo. Mais alors que je sillonne les rues étroites d’un village de pêcheur dans le nord de la ville, un scooter ralentit à mon niveau : à peine ai-je tourné la tête pour regarder le scooter que je vois le jeune garçon à l’arrière du véhicule attraper mon sac et le conducteur accélérer à toute allure. Je tente de les suivre, mais rapidement ils me perdent sans même que je n’aie eu le temps de relever la plaque d’immatriculation. Au plus vite, je m’arrête demander de l’aide à des chauffeurs de tuk-tuk, qui me conduisent au commissariat.

Dans mon sac se trouvaient notamment : mon passeport, ma carte bancaire, mes téléphones français et indien, les clés de l’asso, mon baladeur mp3, et beaucoup d’autres affaires personnelles. Au commissariat, un bureau en métal dans le style des années 40 sur lequel reposent des papiers et un bloc note, un banc en bois et quelques fauteuils en plastique meublent la pièce. Pas la moindre trace d’un ordinateur ni même d’un téléphone qui aurait pu me servir pour appeler et demander de l’aide. Ils sont plusieurs policiers dans le commissariat, mais aucun ne parle anglais. Heureusement, le chauffeur me sert d’interprète. Après une heure à attendre je ne sais trop quoi au commissariat, je repars à l’association pour obtenir des conseils sur ce que je dois faire.

Dans l’après-midi, Praveena m’accompagne donc au commissariat pour pouvoir discuter avec les policiers. Après une heure d’attente environ, toujours à attendre je ne sais quoi puisqu’ils sont tous inoccupés, ils finissent par me dire que je dois faire une déclaration de perte. J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’un vol et non d’une perte : on me répond que la procédure pour vol est trop compliquée, qu’il est donc plus sage de s’en tenir à une déclaration de perte. Après des discussions sans issue, Praveena décide d’appeler à l’aide un ami fonctionnaire, qui connaît bien les rouages des institutions d’Etat. Nous nous rendons chez Suresh qui, par chance, habite près du commissariat. Il nous y raccompagne.



Après une nouvelle heure passée dans les bureaux de la police sans que je ne sache toujours ce qu’il se passe, les policiers acceptent enfin que l’on procède à une déclaration de vol : mais il faut que la déclaration vienne de Praveena, et non de moi. On m’explique que la déclaration de vol en Inde débouche sur l’ouverture d’un dossier judiciaire et qu’il faut donc que le déclarant soit physiquement présent sur les lieux pour une durée indéterminée, afin de récupérer les objets volés dans le cas où ils seraient retrouvés. Ne résidant pas sur place, la police ne veut pas que je fasse une déclaration de vol. Ou peut-être qu’elle attend autre chose… comme quelques billets.

Grâce à l’aide de Suresh, nous parvenons donc à commencer la déclaration de vol au nom de Praveena. Le chef policier lui demande de falsifier l’histoire : elle devra raconter qu’elle me faisait visiter la ville à vélo et qu’au moment nous nous sommes arrêtées pour contempler un château d’eau, deux hommes à scooter sont passés et ont volé mon sac qui était dans mon panier… sans surveillance. Ayant bien compris que c’était ma seule solution d’obtenir une déclaration, je m’exécute. La rédaction de la déclaration prendra encore une heure : le chef policier dicte une lettre type en tamoul à Praveena, qui me la traduit en français, pour que je l’écrive en anglais… en son nom. Tout ça évidemment à la main, avec une copine carbone.

La déclaration enfin rédigée… ce n’est pas fini. Il me faut maintenant obtenir le tampon de la police. Un nouveau marathon commence : nous devons nous rendre dans un nouveau commissariat. Un policier, Suresh, Praveena et moi partons donc chacun sur nos véhicules jusqu’à l’autre poste de police. De nouveau, il faut attendre… jusqu’à ce qu’on me dise finalement qu’il faudra revenir. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Histoire remise au lendemain donc, après plus de 4 heures passées au commissariat.

Le lendemain, rebelotte. Pour une raison que j’ignore et après m’avoir fait attendre plus d’une heure, les policiers me demandent de revenir plus tard pour récupérer mon papier. J’y retourne donc le jour suivant. Je dois encore attendre. Comme partout en Inde, lorsque je demande combien de temps on me répond : 10 minutes. J’attendrai finalement une heure trente, et m’occupe en observant les policiers travailler : l’un tue les moustiques avec sa raquette électrique, l’autre lit le journal, le troisième les regarde. Il semblerait que ce que j’attends depuis la veille c’est le grand chef policier, que j’avais déjà croisé le premier jour et qui m’avait dit d’un ton sérieux qu’il ferait tout pour retrouver mes affaires car c’est une honte pour l’Inde que les étrangers se fassent voler dans leur pays.



J’aperçois enfin le chef policier, mais ce que je vois surtout c’est mon passeport qu’il tient dans ses mains ! Je suis soulagée, le quart d’heure d’attente supplémentaire me paraît donc déjà bien plus rapide. Enfin, le commissaire me reçoit. Il m’explique qu’ils ont passé un article dans le journal de la veille pour appel à témoins et qu’ils ont ainsi retrouvé le matin même mon passeport sur les marches du commissariat. Je demande à récupérer mon document : en le tenant de tous ses doigts, il me répond qu’ils doivent d’abord relever les empreintes digitales pour pouvoir enquêter. La situation est complètement absurde, mais lasse de me battre et d’attendre, je demande simplement quand je pourrai récupérer mon passeport. Je leur explique que j’en ai besoin dans les 3 jours car je dois ensuite quitter Pondichéry.

Je rentre à l’association, discute avec Praveena qui me raconte que d’après Suresh la police et les voleurs co-organisent des vols pour récupérer de l’argent : les voleurs gardent les affaires et la police attend un billet pour me redonner mon passeport. Mais Suresh refuse de cautionner la corruption et m’assure que nous obtiendrons ce que nous voulons sans payer. Le lendemain, je retourne de nouveau au commissariat demander mon passeport. Après encore plusieurs dizaines de minutes à attendre, on me répond que je ne peux pas le récupérer, mais cette fois le motif a changé : puisqu’une procédure judiciaire est lancée dans le cadre de ma plainte pour vol, tout document retrouvé fait l’objet d’une preuve qui vient instruire le dossier, on ne peut donc pas me redonner la pièce. Pour récupérer mon passeport, il me faut adresser une demande au Consulat, qui s’en remettra à un avocat, qui lui-même se rendra à la Cour faire la demande du document pour me le remettre. Je suis désespérée et je regrette mille fois de ne pas avoir simplement arraché mon passeport des mains au policier la veille ! Après encore plus d’une heure passée avec les policiers, je retourne demander de l’aide à Praveena.

Nous repartons toutes les deux voir la police. N’arrivant pas non plus à obtenir mon passeport, elle appelle à l’aide une amie avocate. L’avocate parle longuement au téléphone avec les policiers, puis explique à Praveena qu’elle a trouvé une solution : écrire une nouvelle déclaration certifiant qu’il y a eu une erreur dans la première déclaration, que le passeport ne se trouvait en fait pas dans mon sac et qu’il n’a donc jamais été volé. Elle nous envoie alors par e-mail un modèle de lettre que nous pouvons consulter grâce à la connexion 3G du smartphone de Praveena et que je devrai recopier… à la main, sur copie carbone. Quelques heures d’attentes plus tard, pour faire signer cette nouvelle déclaration, je repartirai enfin avec mon passeport… et sans payer !

En allant rendre mon vélo le lendemain, le vendeur consulte mon dossier et voit le nom « Praveena » inscrit pour garant. Il s’exclame alors : « C’est vous qui vous êtes fait voler votre sac ?! ».
« - Oui? c’est bien ça. Vous connaissez Praveena ?
-        - Non, mais j’ai lu dans le journal qu’une jeune française se baladait à vélo avec une certaine « Praveena » lorsqu’on lui a volé son sac. »

Effectivement, l’article mentionnait son nom, son âge, et même son adresse. C’est à peine s’ils n’auraient pas ajouté avec l’adresse de l’association, pour que le voleur sache aussi où utiliser mes clés….


dimanche 19 janvier 2014

Welcome to Pondichéry Partages

D’Ahmenabad, je récupère l’avion pour Chennai, afin de me rendre à Pondichéry. Arrivée bien en avance à l’aéroport, j’attends tranquillement mon vol dans la salle d’embarcation où tous les panneaux sont en hindi. Je ne m’inquiète pas car des hommes viennent régulièrement m’informer des vols qui partent, mais l’heure passe et j’entends tout à coup mon nom, prononcé dans un anglais indien : mon embarcation se faisait au 1er étage… Evidemment il ne manquait plus que moi ! A peine je m’installe que l’avion démarre : nous partons avec 10 minutes d’avance ! Je n’ai encore jamais vu ça et je m’attendais encore moins à voir cela en Inde, dans ce pays où la notion du temps est très approximative et où être en retard ne signifie pas vraiment être en retard.

En quittant l’avion, je fais la connaissance d’un français qui se rend lui aussi à Pondichéry. Nous partageons donc un rickshaw qui nous emmène sans tarder au premier arrêt de bus, où il nous jette littéralement nous et nos bagages dans le véhicule qui démarre à peine nous avons mis les deux pieds sur la première marche. Le bus est rempli, mais on nous trouve quand-même une petite place au fond du bus. Rien à voir avec ma première expérience sur le trajet Delhi-Jaipur. Cette fois, le bus est tout à fait à l’image de la représentation que je m’en faisais : rempli, ou les gens sont assis à 3 sur des places pour 2 alors que d’autres sont debout dans le couloir, toutes les fenêtres sont ouvertes, et les portes ne ferment pas. Le bus longe la mer du Nord au Sud, la température a grimpé de 10° : je me sens en vacances !





Un touchant message de bienvenue
A Pondichéry, un autre rickshaw me conduit jusqu’à l’association. Je suis chaleureusement accueillie par Bernadette, la présidente, et Praveena, l’unique salariée, indienne originaire de Pondichéry. Je suis accueillie par un joli dessin en sable coloré qui affiche « Welcome », réalisé par Praveena pour mon arrivée. Praveena et Bernadette me font découvrir les locaux de l’association : une grande salle, qui sert aux réunions et autres moments de vie de l’association, le bureau de Praveena, ma chambre, une salle de bains et une cuisine. Je prends rapidement possession des lieux. Bernadette loue l’appartement du dessus, où elle vient habiter 5 mois chaque année afin de pouvoir faire marcher comme il le faut l’association. Elle possède le plus bel appartement que je n’ai jamais vu en Inde : très propre et décoré avec beaucoup de goût. Le soir même, je monte dîner chez elle, ce qui nous permet de faire plus ample connaissance.

Ma chambre


Je suis tout de suite fascinée par son personnage. A 70 ans, Bernadette en paraît 10 de moins physiquement et paraît plus jeune encore par son état d’esprit. Très moderne dans sa pensée comme dans son mode de vie (elle gère avec brillo les nouvelles technologies !), je la questionne sur l’histoire de l’association et de son engagement associatif. Elle me raconte alors son parcours, le temps passé à aider bénévolement des gens dans le besoin dans divers pays et sur plusieurs continents, en parallèle de sa profession chronophage de styliste. Cette femme de conviction a toujours investi son énergie et son argent en faveur de l’amélioration des conditions des hommes et des femmes dans le besoin, et particulièrement des femmes. Elle attache une attention toute particulière à l’émancipation de la femme et à la reconnaissance de ses droits et de sa dignité.

C’est cette motivation particulière qui est à l’origine de la création de Pondichéry Partages. L’association a été créée pour permettre à des familles sans père de pouvoir subvenir aux frais de scolarité des enfants. Par un soutien psychologique et financier, l’association aide ces femmes seules à acquérir l’autonomie nécessaire pour pouvoir s’en sortir et gagner en dignité, tant dans leurs conditions de vie que concernant leur place dans la société. Actuellement en Inde, il n’est généralement pas accepté qu’une femme veuve ou divorcée se remarie et refasse sa vie. Les cas de meurtres déguisés d’une femme par sa deuxième belle-famille si celle-ci désapprouve le remariage sont plus fréquents qu’on ne pourrait l’imaginer.

Au sein de Pondichéry Partages, les familles indiennes sont parrainées par des familles françaises. Le parrainage peut être individuel : la famille en France verse chaque mois une somme d’argent qui sert directement à subvenir aux frais de scolarité des enfants indiens ; ou collectif : dons qui aident au fonctionnement global de l’association (surplus des coûts de scolarité, salaire de l’employée administrative, activités organisées pour les enfants, loyer des locaux,…). L’association a démarré avec quelques familles jusqu’à grossir aujourd’hui à 43 familles.



Bernadette est régulièrement sollicitée par de nouvelles familles mais étudie scrupuleusement leur dossier avant de les faire rentrer dans l’association et de leur chercher des parrains en France, car elle tient à s’assurer que la mère est volontaire et que le parrainage « fonctionnera » : l’idée n’est pas d’assister la famille, mais bel et bien de lui donner les moyens pour lui permettre de s’en sortir elle-même. Grâce à l’association, la grande majorité réussit bien à l’école et tous veulent poursuivre leurs études pour accéder à des métiers comme ingénieur ou médecin. Les familles ont pour beaucoup été relogées, elles ont quitté leurs cabanes précaires pour des habitats décents. Certaines femmes ont réussi à se détacher de la pression psychologique de leur mari alcoolique, ou à retrouver un travail pour subvenir aux besoins du foyer.



Le lendemain de mon arrivée, un parrain de l’association, Christian, et une amie à lui, Jocelyne, sont venus pour 10 jours chez Bernadette. J’ai donc passé une grande partie de mon séjour à Pondichéry en leur compagnie. Nous sommes arrivés au début des fêtes de « Pongal », l’équivalent de notre nouvelle année, qui fête à la fois les moissons et l’arrivée de l’été. Les enfants, en vacances, venaient donc quotidiennement dans les locaux de l’association pour se retrouver entre eux, pour danser et pour que je leur donne des cours de français. Ils sont tous très attachants, très vifs et motivés, ce qui est extrêmement touchant lorsque l’on connaît leur situation familiale et leurs conditions de vie. Le plus âgé de tous les enfants, Vicky, a fini le lycée et commencé à apprendre le français cette année, par les cours du soir de l’Alliance Française. Il n’a débuté que depuis 4 mois mais comprend déjà beaucoup de choses et tient à essayer de parler ma langue autant que possible.



Avec Christian, Jocelyne et Bernadette, nous sommes allés faire la traditionnelle visite à la famille, qui a lieu chaque fois qu’un parrain se rend sur place. Après avoir emmené les petites filleules de Christian et leur grand-mère se promener au bord de la mer et manger une glace, ce qu’elles n’ont jamais l’occasion de faire, nous sommes allés au supermarché leur acheter un équipement basique mais qu’elles n’avaient pourtant pas… des chaussures ! Les petites ont découvert pour la première fois de leur vie les escalators. D’abord effrayées, elles ont finalement pris goût au système et ne voulaient plus s’arrêter de monter et descendre. Les petites bien chaussées avec des escarpins à paillettes, nous les avons raccompagnées pour visiter de leur maison et …quelle surprise ! Ces enfants bien tenues, toutes jolies, grandissent entre 4 planches de bois sous un toit de paille rafistolé aux sacs plastiques et dorment sur des tapis posés à même la terre la nuit tombée. Priorité pour cette famille récemment accueillie dans l’association : un nouveau logement !

Christian et ses filleules





Ce dimanche, toutes les familles étaient conviées à l’association pour fêter tous ensemble Pongal, la venue des parrains et la mienne. Une vingtaine de familles étaient présentes au rendez-vous. Après avoir donné un cours de français aux plus grands le matin, je leur ai appris à faire des crêpes. Nous avons fait la pâte ensemble puis je leur ai expliqué la technique de fabrication : au bout de 10 minutes à peine j’étais priée de quitter la cuisine. Les enfants ont géré tous seuls la confection d’une centaine de crêpes ! Après la traditionnelle réunion d’information et de coordination avec les mères de familles, les enfants se sont livrés à un spectacle de danse pour nous. Pendant une heure, ils ont enchaîné tour à tour les chorégraphies, les plus petits dansent sur des musiques traditionnelles tandis que les grands préfèrent les chansons tamoules des films de Bollywood.





Cette journée festive a été particulièrement émouvante : j’ai été touchée par les sourires des femmes, la joie de vivre des enfants, la solidarité et l’organisation entre ces familles dont on ne pourrait jamais deviner l’histoire si difficile. Leur immense reconnaissance envers Bernadette sans qui leur vie serait aujourd’hui très différente, et envers Praveena, qui gère au quotidien le fonctionnement de l’association, témoigne de la réussite de cette association. Admirative du travail effectué et de l’investissement de Bernadette, je me sens vraiment heureuse d’avoir été accueillie ici et je participerai à mon tour à la vie de l’association. Dans un premier temps, c’est mon âme d’animatrice numérique qui reprend le dessus : au programme, création de comptes Google pour tous les membres du bureau et mise en place d’un espace partagé sur Google Drive pour leur faciliter la gestion des dossiers à distance.





dimanche 12 janvier 2014

Des années 40 à 2014

Gare d'Ahmenabad au petit matin
Enfin dans le train de nuit pour Ahmedabad, je quitteUdaipur avec un sentiment de soulagement. J’entre dans ma cabine, où je rencontre ma voisine, une indienne de 70 ans exilée aux Etats-Unis depuis 50 ans, avec qui nous discuterons un long moment. La cabine est assez semblable à celle d’un train de nuit français. J’avais été davantage surprise dans le train de Jaipur à Udaipur, où bien que les sièges étaient confortables et qu’il y avait un espace de rangement suffisant pour les bagages, le wagon avait complètement l’allure d’un train d’après-guerre. Le confort ne manquait pas, mais l’apparence intérieure comme extérieure me faisait vraiment penser à celles des trains que l’on peut voir dans les films des années 40. Cela donne une certaine impression d’anachronisme : je me sens transportée 70 ans en arrière alors qu’à côté de moi mon voisin sort le dernier Samsung Galaxy.



Après bientôt deux semaines passées en Inde, je réalise que ce contraste entre tradition et technologie est particulièrement frappant dans le pays. Les femmes sont vêtues avec des tenues tout à fait traditionnelles qu’on ne trouve dans aucun autre pays, quelques soient leur âge ou la taille de la ville. Les hommes ont un style beaucoup plus « occidental », mais à la mode des années 80, tout comme l’esthétique des décorations d’intérieur. Rares sont les foyers à être équipés d’Internet, mais énormément d’indiens possèdent smartphone connecté à la 3G. Dans une même rue, des voitures climatisées doublent un homme qui tracte une charrette, un bus croise une vache, un scooter freine pour laisser passer un tricycle transporteur de voyageurs (le fameux tuk-tuk). Dans une même ville, un forgeron tape son fer assis sur le sol en terre battue de la rue à deux pas des cochons et des vaches qui se disputent un tas de déchets, tandis que des hommes en costard, quelques kilomètres plus loin, rejoignent leurs bureaux climatisés pour négocier un contrat avec un partenaire étranger en visio-conférence.



A quelques kilomètres des rues où se succèdent petits commerçants et étalages de légumes des femmes des campagnes venues vendre leur production, s’élèvent de grands bâtiments qui abritent des centres commerciaux. A l’intérieur, des enseignes internationales affichent leurs vitrines et discrets sont les indices qui permettent de savoir si l’on se trouve en Europe, en Amérique du Nord ou en Inde.

Ma visite d’Ahmedabad fut l’archétype de ce constat. A la recherche d’un office de tourisme et d’un bureau de change, je me retrouve à traverser une grande rivière dont les quais aménagés et luisant de propreté ne sont rien de tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. De l’autre côté de la rivière, je découvre une ville aux artères larges et presque entièrement bordés de trottoirs. De hauts immeubles accueillent les institutions régionales, banques et grandes enseignes. Alors que je cherche désespérément un lieu pour changer mes derniers euros en roupies, une petite mendiante m’agrippe et me suit sur plusieurs mètres. Je sais qu’il n’est pas bon de donner de l’argent aux enfants qui mendient dans la rue, car il y a peu de chance que l’argent leur revienne et parce-que cela entretient un système d’assistanat où les plus riches, notamment « les blancs », donnent de l’argent sans que celui-ci ne puisse résoudre quelconque problème de pauvreté. Si cette misère nous attriste, il est bien préférable de faire des dons à une association dont les fonds seront utilisés à bon escient, en faveur de l’éducation des enfants par exemple. Je résiste donc malgré moi, alors l’enfant finit par lâcher prise avant qu’un autre petit garçon ne vienne et soit encore plus insistant. Je décide d’aller lui acheter un paquet de gâteaux. Au magasin d’en face, l’enfant parle au commerçant. Je lui demande ce qu’il lui demande : de me vendre quelque-chose à 50 roupies (ce qui est une valeur énorme pour un enfant). Je refuse et lui offre un paquet à 5 roupies.





Je finis par quitter ce quartier moderne, avant de regagner le cœur historique de la ville. Je me retrouve dans un immense marché de vêtements et autres accessoires, de contrefaçon notamment. J’ai lu dans mon guide qu’Ahmedabad est une ville qui vit en grande partie sur l’industrie textile. J’en conclue que de grandes marques doivent avoir leurs usines de fabrication ici, d’où la profusion de ces articles de contrefaçon. Je continue mon chemin et arrive dans un quartier musulman à l’heure du marché. Les moutons découpés qui pendent forment une haie d’honneur dans cette rue aux allures moyenâgeuses et à l’odeur nauséabonde de la viande qui gît au soleil.



Je quitte rapidement l’endroit et rejoins un marché aux légumes bien plus agréable à traverser, tant pour les couleurs que pour les odeurs, puis me laisse entraîner au fil des rues de cette ville ancienne, dont les maisons ont un style architectural qui ne ressemble pas à ce que j’ai pu voir jusque-là. Je continue, sans plan, à la recherche d’un parc que j’ai pris le temps de situer sur Internet avant de quitter l’hôtel. Après une heure de marche dans la bonne direction, j’atteins un quartier résidentiel propre et assez vert, qui me conduira à l’entrée de ce parc. Un enfant qui mendie m’arrache la glace que j’ai dans les mains. Je découvre qu’il faut payer 10 roupies et se faire fouiller pour entrer dans ce parc. La dame, particulièrement peu sympathique, me « confisque » un paquet de chewing-gum, qui atterrit directement dans son sac à main… Enervée, je décide de profiter tout de même de cette promenade au bord de l’eau et au soleil, dans cet environnement aseptisé, comme jamais je n’aurais pensé trouver en Inde. Le style vestimentaire des visiteurs et leur équipement en téléphonie mobile en dit long sur leur classe sociale.


Enfants des rues

Jeunes filles au parc




En retournant à l’hôtel, je tomberai de nouveau sur des enfants des rues et traverserai les trottoirs bordés d’animaux et les familles qui vivent dans de petites habitations précaires, heureux que je leur offre la carotte qu’une commerçante m’a elle-même offerte sur le marché…



L'art de la négociation

Le roupie, monnaie indienne, a un cours très intéressant pour les européens : 1 € vaut 83 roupies. Bien que j’aie rapidement trouvé le moyen de convertir les roupies en euros par un simple calcul mental, les nombres à rallonge que j’obtiens me font parfois perdre l’échelle des valeurs, qui selon les biens n’a parfois rien à voir avec la nôtre. Chaque achat nécessite un temps de réflexion pour que je sache si le bien est vendu à son juste prix ou si le vendeur l’a décuplé par quatre devant ma tête de blanche ahurie.
Dans beaucoup de magasins comme sur tout le bazar de Jaipur par exemple, ou pour des services comme le rickshaw*, les tarifs ne sont pas affichés. Il faut donc demander les prix… et négocier. La méthode de Kedar est simple : divise toujours le prix par deux puis vois si tu peux encore négocier davantage. Mon problème c’est que je déteste négocier, que les prix ne me paraissent déjà pas chers et que je me sens donc mal de les compresser davantage. Mais c’est le cas de beaucoup d’occidentaux en Inde et c’est bien pour cette raison que de nombreux marchands n’hésitent pas à gonfler copieusement leurs prix pour nous.



Pour ma dernière journée à Jaipur, où je souhaite faire quelques courses sur le bazar, j’ai donc demandé à Heena de m’accompagner. Après 1h30 passées avec elle à l’observer négocier, j’obtiens une idée de la valeur des objets qui m’intéressent. Je la laisse alors repartir et continue seule : l’après-midi sera sportive ! Je passerai 3h à chercher ce qui me plaît, demander le prix, comparer, revenir, négocier,…
J’apprendrai en rentrant le soir que j’ai très bien négocié le prix de certains articles (2 beaux foulards pour 4€) mais que je me suis fait complètement avoir pour d’autres : le bijoutier avec qui j’avais sympathisé m’a vendu une bague soi-disant « semi-précieuse » avec des saphirs pour 22€. En réalité, elle n’est même pas en argent massif… Déçue de n’avoir pas su gérer ces affaires d’une main de maître, je me dis que je dois redoubler de vigilance pour ma prochaine étape : Udaipur, la ville touristique. Vikram m’a mise en garde : surtout n’achète rien à Udaipur, les vendeurs trouveront toutes les techniques possibles pour se rendre sympathiques à tes yeux et t’inciter à acheter, mais là-bas tout sera plus cher qu’ailleurs.

Après 6 heures de train, je débarque donc à Udaipur. Je suis attendue par le gérant de l’hôtel que j'ai réservé, un ami de Sylvie, la dame par qui j’ai connu l’association de Pondichéry dans laquelle je dois me rendre 3 jours plus tard. Je suis rassurée que l’adresse et la personne m’aient été recommandées mais je reste méfiante, mon expérience passée oblige. A mon arrivée, il m’apprend qu’il avait compris que j’arrivais à 6h du matin et qu’il m’avait donc attendue une heure avant de voir que je n’étais pas là. Il ajoute que par conséquent sa chambre single a déjà été louée mais qu’il me donne une double pour le prix de la simple. La chambre est magnifique. Je le remercie, mais déjà je me demande si me faire sentir en dû est une technique pour me vendre d’autres choses ensuite… comme la visite de la ville en rickshaw qu’il me propose pour le lendemain.

Vue depuis la terrasse de l'hôtel


Je sors arpenter les rues d’Udaipur et visiter le palace, monument principal. Cette ville construite sur les bords de lacs et entourée de montagnes a un air d’Annecy à l’indienne. Elle est vraiment jolie, mais très vite l’atmosphère hypra-touristique et les dizaines de commerçants qui me sautent dessus à la minute m’exaspèrent. Excédée, je pars visiter des quartiers un peu plus éloignés du cœur touristique, où je souffle de nouveau. De retour à l’hôtel, je décide d’accepter le tour de la ville en tuktuk par le gérant de l’hôtel, ayant déjà visité le principal en cœur de ville. Je reste sceptique sur la réelle nécessité du transport motorisé, mais sans plan de ville et avec un train à reprendre à 17 heures, je me dis que c’est sans doute ce que j’ai de mieux à faire.

Mais le lendemain s’avère une succession événements qui vont m’énerver. Je découvre certes de jolis endroits un peu à l’écart du principal flux touristique, mais tout cela avec mon chauffeur impatient. Il m’emmène dans un magasin de « pashminas » (étoffes de soie), qui font la réputation de la ville. Dans le magasin, je sens que je dois acheter, mais je ne souhaite pas acheter. Comment savoir si ce gérant est honnête en me disant qu’il m’amène dans un vrai magasin artisanal et non dans l’un des nombreux attrapes-touristes de la ville ?
Je devais aussi me procurer un téléphone portable et une puce indienne, Kedar et Bernadette, la présidente de l’association de Pondichéry, m’ont tous les deux dit qu’il est très simple et peu coûteux de se procurer un téléphone en Inde. Je demande donc à mon chauffeur de rickshaw de m’arrêter dans un magasin de portables. Je demande le téléphone le moins cher et voilà déjà que le vendeur m’explique qu’il ne peut pas me donner de facture car son imprimante ne marche plus. Après plus de 5 minutes à insister pour obtenir quelque-chose, je décide de laisser tomber et m’en tiens à vérifier le numéro IMEI du téléphone, comme me l’avait préconisé Vikram. Je demande comment avoir une carte SIM : le vendeur et mon chauffeur me disent que c’est très compliqué et que cela nécessite 48h avant l’activation de ma carte. Je suis embêtée car il me faut vraiment un téléphone le jour même. Le vendeur propose alors de me vendre une carte SIM à lui pour 200 roupies. J’accepte, ne sachant pas trop si c’est une bonne idée ou si je suis en train de me faire avoir.








Après le tour en rickshaw, je pars visiter le grand temple. Je tombe pendant une cérémonie, le chant et la bonne humeur des femmes me détendent. Après un moment, un touriste chinois me fait signe que je peux passer devant l’autel pour qu’on signe mon front d’un point rouge (ce dont j’ignore encore la signification exacte). Un garçon commence à me parler et à m’expliquer des choses sur le temple, puis il me fait signe de le suivre dehors. Son anglais est très approximatif, mais il a l’air tellement passionné que je le suis. Après une visite interminable à laquelle je n’aurai rien compris… il me demande évidemment de l’argent. Énervée, je refuse : je n’avais rien demandé moi !

En sortant du temple, je tombe alors sur un vieil indien borgne et francophone. Il m’explique qu’il est professeur d’art, il enseigne la technique de peinture sur soie qui fait la réputation d’Udaipur. Il me dit que ses étudiants font justement une exposition de leur travail, qu’ils exporteront très prochainement à Paris. Curieuse, je le suis jusqu’à son école. Dans une salle, trois hommes sont en train de peindre et m’expliquent leur travail. Ils œuvrent avec une minutie sans égal. L’un d’entre eux me montre les collections : évidemment, il attend que je lui achète une œuvre. Un peu énervée, je lui réponds que je suis simplement venue voir par curiosité mais que je ne souhaite pas acheter. Il finit par laisser tomber son argumentation et aperçois mon sac du magasin de téléphone. Interpellé, il me demande ce que j’ai acheté et me dit qu’il est aussi client de ce magasin. J’en profite pour lui parler de ma carte SIM. J’apprends alors qu’une carte SIM n’est pas si compliquée à obtenir et ne coûte que 50 ou 100 roupies.
Je suis au bord de la crise. Tous ces arnaqueurs m’ont tapé sur les nerfs et j’ai l’impression dans cette ville d’avoir été lâchée dans une arène de tigres. Je n’ai qu’une envie : en partir. Je décide donc de marcher à la recherche d’un endroit un peu au calme pour pouvoir passer mes coups de fil. Mais en Inde, ville et endroit calme est une vraie antithèse. Je passe par quelques magasins de téléphones pour vérifier le prix et la procédure pour activer une carte SIM : j’obtiens des informations très différentes. Dépitée, ne sachant plus du tout si je me suis réellement faite avoir ou pas, je retourne à l’hôtel et décide d’attendre patiemment mon train, avec un petit goût amer.

* Rickshaw : plus souvent connus sous le nom de « tuktuk », les rickshaw sont des taxis à 3 roues, motorisés (autorickshaws) ou traditionnels (vélos armés d’une petite charrette). 





vendredi 10 janvier 2014

Bye bye Jaipur

Petit-dej en écriture
Mon séjour à Jaipur se termine, et je suis déjà nostalgique de devoir quitter l’endroit et la famille de Kedar qui m’a si bien accueillie. Je me sens un peu comme chez moi ici et j’ai acquis des repères qui ont rendu mon quotidien confortable tout en étant chaque jour dépaysant.
Arriver dans cette famille et passer 10 jours avec eux a été une façon parfaite de découvrir l’Inde et ses coutumes en douceurs, sans ressentir à aucun moment ce fameux « choc culturel » qui sévit parfois sur les touristes français et qui est plus largement connu sous le nom « syndrome de l’Inde ». Je me sens maintenant assez armée pour partir seule vers Pondichéry en m’arrêtant par Udaipur et Ahmedabad.


Heena et Kedar en cuisine

Des clients de Voyage in India invités à un repas en famille

La famille de Kedar presque au complet

Druhv et son grand-père


Cette première étape au Rajasthan, les rencontres que j’ai faites et les discussions que j’ai eues me donnent une première idée sur le fonctionnement de la société indienne.

Avec Heena et Rajnee, la sœur de Kedar, nous avons discuté un petit moment sur la condition des femmes en Inde. Si la situation progresse sans conteste pour elles, la société n’en demeure pas moins très inégalitaire. L’accès à l’éducation est un premier pas pour l’émancipation de la gente féminine, qu’on ne prenait pas la peine d’envoyer à l’école il y a peu encore, mais malgré cela la situation de chaque femme est un peu une partie de loto qui se joue lors du mariage. Une femme éduquée qui a suivi des études peut se retrouver cantonnée à la maison à élever ses enfants, à tenir le foyer et à nourrir toute sa famille et sa belle-famille… si cette dernière l’exige. Or avec le système des mariages arrangés il est presque impossible de savoir à l’avance le sort qui leur est réservé. Dans les villes les plus occidentalisées, ou pour certaines femmes plus déterminées comme Heena, il est possible de s’affranchir du poids de cette tradition et faire un mariage d’amour. Mais dans son cas ce fut au prix de sa propre famille : son mari étant d’une caste inférieure, ses parents l’ont reniée après son mariage. La naissance de leur fils n’y aura rien fait. Elle ne regrette pas sa décision car le respect et l’attention que lui vouent son mari et sa belle-famille comblent selon elle le fait d’avoir perdu la sienne.

Druhv et Heena, dans le Chowk

Le parc, en face de chez Jai
Je suis également allée chez Jai, le frère aîné de Kedar, qui vit dans un quartier résidentiel de Jaipur avec sa femme et ses deux enfants, pour qu’il me parle du fonctionnent des systèmes de santé et scolaire. J’apprends donc que dans les deux cas, le gouvernement assure un accès gratuit. Dans le domaine de la santé, il s’agit des hôpitaux. Après s’être acquitté des frais de dossier de 20 roupies (22 centimes), il est possible de bénéficier des soins, consultations et de l’accès aux médicaments dans un hôpital privé. Mais… mieux vaut ne pas être trop regardant sur les conditions d’hygiène ! Pour illustrer ses propos, il m’emmène à l’hôpital proche de chez lui. Nous serons reçus par un médecin au look de bandit mafieux des années 80, qui me fait visiter l’hôpital et me fait assister à 2 consultations. Je n’oserai même pas prendre de photos tellement les conditions de travail et d’hygiène me semblent archaïques et déplorables. La consultation consiste en un passage rapide devant le médecin. Dans une petite pièce sombre et sale, le médecin est assis devant un bureau, avec comme seul matériel des feuilles à ordonnance et un stylo. Le patient s’assoit sur un petit tabouret à côté de lui et lui explique son cas, avant que le médecin ne le laisse partir avec une ordonnance.
La salle d'opération
Jai m’explique que le salaire des médecins est le même dans les hôpitaux publics et privés. Je lui demande alors si tous les médecins du public sont des philanthropes. En l’occurrence, pas vraiment… Les horaires de consultation dans les hôpitaux publics sont assez restreints. De fait, les médecins du public ont tout le temps d’ouvrir leur cabinet privé en parallèle de leurs fonctions à l’hôpital, et doublent ainsi leur salaire…

En termes d’éducation, c’est un peu la même chose. Certes, les enfants peuvent tous être scolarisés dans une école publique gratuitement, mais l’école publique est loin d’offrir les conditions du privé, ce qui crée dès le plus jeune âge de grosses inégalités entre enfants, notamment pour l’accès aux études supérieures. Les effectifs des classes doublent dans le public : environ 60 élèves par classe contre 30 dans le privé. L’enseignement de l’anglais (pourtant langue officielle dans le pays) ne se fait qu’à la marge dans les écoles publiques alors qu’il est systématique dans beaucoup d’écoles privées, auquel s’ajoute souvent l’obligation d’apprendre une langue étrangère dès le collège. Enfin, les écoles privées proposent généralement un panel bien plus large de matières enseignées ainsi que d’activités para-scolaires : musique, sport, art, etc. ce qui n’est pas le cas dans le public.

Comme en France, les fonctionnaires en Inde ont la réputation de ne pas se tuer la tâche au travail. Je prenais jusqu’ici ces considérations avec réserve, car je suis bien placée pour savoir qu’en France ces généralités portent préjudices à de nombreux travailleurs. Mais je m’aperçois effectivement que les conditions de travail sont assez laxistes dans l’éducation et la santé… comme dans le tourisme. Je suis allée faire une visite à l’office de tourisme de Jaipur, où j’ai passé une heure à discuter avec l’un de leurs agents. L’office est en fait une antenne de « Rajasthan Tourism » (l’équivalent de leur Comité Régional de Tourisme). Les missions sont sensiblement les mêmes que celles d’un office de tourisme en France : accueil du public, réalisation des documents d’accueil et d’information, organisation d’animations (mais tout cela sans ordinateur…. !), agrément des chambres d’hôtes,...
Je pose des questions sur leur organisation, n’arrivant pas à comprendre comment ils arrivent à gérer tout cela avec leur effectif réduit et le peu de moyens technologiques. J’apprends alors que pour organiser les événements majeurs de cette ville de 2 millions d’habitants, 3 à 6 semaines leur suffisent. Très détendu, l’agent m’apprend qu’il n’a pas encore choisi ses artistes pour le festival des cerfs-volants qui a lieu… la semaine suivante ! Ces indiens ont-ils un savoir-faire exceptionnel qui nous échappe ou… les fonctionnaires en Inde font-ils le strict minimum de ce qui doit être fait ? J’apprendrai par la suite qu’il s’agit plutôt de la deuxième hypothèse… mais je n’ai pas assisté au festival pour en juger par moi-même ! Par contre en termes de politique d’accueil et de communication… je pourrais effectivement leur sortir une longue liste d’idées à réaliser….

Mais bon, ne soyons pas si hâtifs dans le jugement. Du côté français, il y a beaucoup à dire aussi. Ravi, un professeur de français de l’université de Jaipur, m’apprend comment les histoires de réseautage dans les milieux consulaires ont fait couler l’Alliance Française de Jaipur. Je n’entrerai pas dans les détails de ces affaires, mais j’ai bien compris que le milieu des ambassades n’est pas toujours très propre.