mercredi 1 janvier 2014

Premier plongeon dans le grand bain

Ma chambre
Je me réveille complètement déphasée. Il est 13h30. Je m’habille et sors de ma chambre pour découvrir mon environnement. Je fais d’abord connaissance du papa de Kedar, un homme de 60 ans à l’air bienveillant. Puis je découvre Druhv, le neveu de Kedar qui a 3 ans, le fils de son frère Vikram, qui vit ici et que j’ai déjà eu l’opportunité de rencontrer une fois en France. Enfin, je rencontre Heene, la femme de Vikram, qui est en cuisine. Elle me montre comment « fonctionne » la douche : dans ce petit cabinet, des toilettes sont installées au fond. Devant, deux robinets sont fixés au mur : un robinet d’eau chaude, à 30 cm du sol environ, et une petite douchette d’eau froide juste au-dessus. Sur le côté, un seau et une sorte de petite cruche en plastique. Il faut donc mélanger eau chaude et eau froide dans le seau, et se servir de la cruche pour s’arroser. J’apprendrai par la suite que le quartier n’est alimenté que 2h par jour en eau, de 5h à 7h : pour avoir de l’eau le reste du temps, le père de Kedar a fait installer deux cuves de 500 L, reliée aux robinets. Tous les matins, il se lève à 5h pour les remplir afin qu’il y ait de l’eau pour le reste de la journée. Mais en été, il arrive que l’approvisionnement en eau soit réduit et il n’est donc pas rare de ne disposer d’eau que 4 ou 5 jours dans la semaine…


Druhv et Heena dans le "chowk" : espace central de la maison
Le couloir d'entrée qui mène au chowk


Druhv

Vikram aux fourneaux
La cuisine n’est pas grande, mais Heene et Vikram y cuisinent de très bons plats. Il est rare de trouver un homme en cuisine en Inde, mais la famille de Kedar est très ouverte d'esprit, et les femmes y ont beaucoup plus de considération que dans la majorité des familles indiennes je pense. Kedar leur a demandé de ne pas me préparer plus d’un repas « indien » (avec épices) par jour pour ne pas mettre mon estomac inhabitué à trop rude épreuve. Ils me préparent donc des plats spéciaux, et le soir je peux manger comme eux. Qui a dit que la cuisine française était la meilleure du monde ? Je mange chaque jour des plats différents ici et tous aussi bons les uns que les autres, qu’ils soient salés ou sucrés. J’apprends qu’en Inde on ne parle pas à table, ce qui est une des habitudes les plus difficiles à intégrer pour moi, d’autant plus qu’en réalité on parle quand-même un peu, donc je ne sais jamais si je serai mal polie en parlant ou en posant des questions… Je me contente de faire des regards complices à Druhv, avec qui je m’entends très bien mais avec qui je ne peux malheureusement pas communiquer faute de parler une langue commune.

Programme de l’après-midi : première découverte de la ville. Kedar me propose un tour en scooter : j’ai la trouille des deux roues, je ne suis jamais montée sur un scooter de ma vie et j’ai pu constater la veille l’état du trafic sur les routes indiennes…. Mais on m’a dit que j’apprécierais l’Inde si j’accepte de me laisser aller à l’allure du pays et j’ai toute confiance en Kedar, alors j’accepte. Il me tend un casque, trop grand pour moi. Je lui signale et il me répond : « Ce n’est pas grave, c’est juste pour la police ». Ah ? Bon dans ce cas… Je constaterai effectivement qu’au moins la moitié des gens sur les scooters ne portent pas de casque ou sont assis comme sur une chaise. Parfois même les indiens montent à 3 sur un même scooter. Au final, la circulation est tellement dense qu’il est rare de conduire au-dessus de 30km/h en ville, ce n’est vraiment pas comparable à chez nous.

Je monte sur le scooter et nous voilà partis pour un tour d’une heure environ, qui vaudra toutes les attractions que j’ai pu tester dans ma vie ! Nous slalomons entre voitures, scooters, tuk-tuk, vélos, piétons, charrettes, bus, tracteurs, vaches, cochons, chèvres, chiens...et dromadaires. La circulation paraît totalement anarchique et j’ai chaque seconde l’impression que quelqu’un va nous rentrer dedans ou que nous allons heurter un véhicule, mais non, ça passe toujours. Il semblerait que leur secret soit le klaxon : ici, on klaxonne pour signaler sa présence aux autres utilisateurs de la route. Mais comme tout le monde klaxonne donc en permanence, je n’ai pas vraiment compris quel était le secret de cette circulation à la fois chaotique et ordonnée. Nous zigzaguons sur les grands axes fréquentés, empruntons les plus petites routes, nous traversons le marché, les différents quartiers, chacun d’entre eux appartenant à une caste différente. Une heure de voyage époustouflant où les odeurs, les couleurs, les bruits, les sensations sont incomparables et nettement plus riches que tout ce que je n’ai jamais pu voir dans ma vie.





Nous allons comme ça jusqu’à son bureau, ou plutôt le bureau de son frère Vikram, celui du tour-opérateur que Kedar a créé il y a 8 ans avant de partir en France, et dont son frère a repris la gestion en Inde. Je découvre les locaux d’un voyagiste indien. L’équipement est nettement plus sommaire que quelconque bureau français, mais ça ne les empêche pas de travailler et de très bien fonctionner. Deux bureaux, deux étagères, un vieil ordinateur qui a 8 ans, un ordinateur portable, un téléphone, un scanner et une petite imprimante meublent la pièce. Quelques cartes en guise de décoration, 3 chaises pour recevoir… et c’est tout. C'est pour dire à quel point nous pouvons être exigeants en France : sans un ordinateur récent et la dernière version de Microsoft office, on a l'impression d'être nullement efficace. Et pourtant... ils me semblent bien loin d'être moins efficaces que nous !

La nuit tombée, vers 18h30, nous repartons chez Kedar. J’ai le droit à une nouvelle course en scooter dans Jaipur. Je suis un peu plus relax mais tout aussi époustouflée. La nuit, le trafic est nettement moins dense, et la température chute significativement.
En ce moment, Jaipur connaît une grande vague de froid comme il n’y en a jamais eu depuis 15 ans. Les prévisions disent que cela va durer jusqu’au 14 janvier. Il est vrai que les nuits sont fraîches, je suis couverte dans mon duvet résistant à 5°. Mais la journée, je me balade en t-shirt. Cela effraie le père de Kedar qui m’a donné une petite couverture en laine que je porte en guise de gilet quand la température commence à retomber. Les gens font des feux pour se réchauffer : commerçants, SDF, ou même les travailleurs qui trouvent leur bureau trop frais… !
Quand je suis partie de France, les températures du matin et du soir étaient semblables à celles de l’Inde. Chez nous, c’est anormalement « doux » pour la saison, ici c’est anormalement froid. Je me dis que si l’on ne peut pas parler de réchauffement climatique à proprement parler, on peut au moins parler de climat détraqué et cela me fait de plus en plus peur pour les décennies à venir.

Mes premiers jours en Inde me font aussi beaucoup réfléchir sur notre système hypra-matérialiste. J’avais déjà commencé à prendre un certain recul sur notre fièvre acheteuse en économisant pour ce périple. Depuis un an, je me suis interdit d’acheter tout ce qui ne me paraissait pas « utile ». Autre que mes sorties, transports, alimentation et vêtements nécessaires, je n’ai plus rien acheté. Combien de fois je me suis retrouvée à faire les magasins avec mes copines sans rien acheter et en me disant « ceci n’est pas utile à ma vie ». J’ai alors réalisé à quel point la plupart des choses que nous achetons sont superflues. Aujourd’hui, je prends encore davantage conscience de cela. La famille de Kedar vit dans un quartier populaire, dans des conditions sommaires. Financièrement, son frère pourrait s’accorder davantage de « confort matériel ». Mais n’ayant jamais connu d’autre mode de vie, il n’en ressent pas le besoin. Il aimerait éventuellement changer de quartier pour pouvoir habiter dans un endroit où il pourrait garer sa voiture et emmener son fils jouer au parc avec les voisins du quartier. Sa femme ne serait pas contre l’idée d’avoir une cuisine un peu plus grande. Mais pour le moment, cela leur convient.

Les enfants semblent aussi s’amuser tout autant qu’en occident, et pourtant, ils ont certainement moins de jouets que les enfants français des classes les plus modestes ! Un cerf-volant artisanal, une corde à sauter, une trottinette, quelques petites voitures ou des crayons de couleurs leur suffisent à s’occuper ! Ah non, j’oubliais la télé aussi… J Mais ici, pas de poupées par dizaines, de figurines à profusions, de légo par kilos, et ne parlons pas de la dernière DS ou d’un ordinateur ! Je me dis donc que les jouets à profusion doivent finir par tuer l’imaginaire des enfants tellement on peut les entendre dire chez nous « maman, je sais pas quoi faiiiire ».


6 commentaires:

  1. Pour ce qui est des enfants j'ai ressenti la même chose que toi pendant mon voyage en Afrique il y a maintenant 9 ans (la vache!). C'est vrai que dans les pays où les gens n'ont pas autant la possibilité de consommer que chez nous on a l'impression que les enfants sont aussi heureux voire même plus parfois!
    Pour autant je n'irais pas jusqu'à blâmer la DS ou autre lego de tuer l'imagination des enfants pour ma part! Tout est une question d'éducation, et si un jour j'ai des enfants, je veux que leurs passe-temps soient équilibrés et qu'ils puissent s'amuser sur du virtuel et autant sur du plus concret! Et puis c'est aux parents d'être un peu intelligents pour proposer des choses et contrôler ce que leurs enfants font non?
    Bref pas de débat sur la parentalité ici... lol
    Ton voyage est riche, ce n'est pas étonnant, en tout cas, j'attends la suite avec impatience!
    Bisous de France

    RépondreSupprimer
  2. Bravo, belle expérience !
    Pour la circulation, on m'avait effectivement raconté le même code de la route que je retrouve bien dans ton article.
    Le réchauffement climatique est évident même en restant en France...
    Quant à la société de consommation, on voit bien aussi qu'elle trouve ses limites chez nous, accentuées par la crisé économique.
    Bref, profite quand même des bienfaits du voyage, tu auras le temps de te poser des questions en rentrant !
    Je ne peux pas m'empêcher : prendre sa douche avec un "sceau" effectivement cela doit être compliqué :-) Peut être qu'avec un "seau" c'est plus pratique :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ton commentaire... et pour ta petite correction ;) J'édite mon article, ce sera presque passé inaperçu...;)

      Supprimer
    2. toujours autant de plaisir à te lire ma bichette! j'ai bien aimé quand tu slalomais parmi les cochons et dromadaires! Ce devait être quelque chose effectivement^^ et quand aux jeux sans électroniques, c'est sûr que quand, lorsque j'étais enfant, on jouais aux cows-boys et aux indiens ou aux gendarmes et aux voleurs, l'imagination avait toute sa force, car une feuille dans les cheveux nous transformait en chef Cheyenne et un mouchoir (en tissu;-)) plié en triangle, devenait le revolver d'Al Capone^^ C'était une autre époque, elle n'avait pas que du bon non plus, mais la société de consommation à outrance n'avait pas encore fait ses dégâts, et là je te rejoins dans le sens où je lutte aussi pour ne plus adhérer à ça. A la prochaine lecture de tes aventures ma chérie et en attendant je te fais plein de gros bisous. Sois bien prudente!!! Ta Chris

      Supprimer
    3. je viens de me relire (mais trop tard^^) et j'ai envoyé avec plein de fautes d'orthographe! pardonne les, la prochaine fois je ferai plus attention ;-)

      Supprimer
    4. Cool d'avoir de tes nouvelles et merci de prendre le temps de nous écrire ! Ca m'a fait rire rien que de t'imaginer sur un scooter, alors avec un casque trop grand t'imagines ! ;-)

      Supprimer