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| Ma chambre |
Je me réveille complètement déphasée. Il est 13h30. Je
m’habille et sors de ma chambre pour découvrir mon environnement. Je fais
d’abord connaissance du papa de Kedar, un homme de 60 ans à l’air bienveillant.
Puis je découvre Druhv, le neveu de Kedar qui a 3 ans, le fils de son frère
Vikram, qui vit ici et que j’ai déjà eu l’opportunité de rencontrer une fois en
France. Enfin, je rencontre Heene, la femme de Vikram, qui est en cuisine. Elle
me montre comment « fonctionne » la douche : dans ce petit
cabinet, des toilettes sont installées au fond. Devant, deux
robinets sont fixés au mur : un robinet d’eau chaude, à 30 cm du sol environ, et une petite
douchette d’eau froide juste au-dessus. Sur le côté, un seau et une sorte de
petite cruche en plastique. Il faut donc mélanger eau chaude et eau froide dans
le seau, et se servir de la cruche pour s’arroser. J’apprendrai par la suite
que le quartier n’est alimenté que 2h par jour en eau, de 5h à 7h : pour avoir
de l’eau le reste du temps, le père de Kedar a fait installer deux cuves de 500
L, reliée aux robinets. Tous les matins, il se lève à 5h pour les remplir afin
qu’il y ait de l’eau pour le reste de la journée. Mais en été, il arrive que
l’approvisionnement en eau soit réduit et il n’est donc pas rare de ne disposer
d’eau que 4 ou 5 jours dans la semaine…![]() |
| Druhv et Heena dans le "chowk" : espace central de la maison |
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| Le couloir d'entrée qui mène au chowk |
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| Druhv |
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| Vikram aux fourneaux |
La cuisine n’est pas grande, mais Heene et Vikram y
cuisinent de très bons plats. Il est rare de trouver un homme en cuisine en Inde, mais la famille de Kedar est très ouverte d'esprit, et les femmes y ont beaucoup plus de considération que dans la majorité des familles indiennes je pense. Kedar leur a demandé de ne pas me préparer plus
d’un repas « indien » (avec épices) par jour pour ne pas mettre mon
estomac inhabitué à trop rude épreuve. Ils me préparent donc des plats
spéciaux, et le soir je peux manger comme eux. Qui a dit que la cuisine
française était la meilleure du monde ? Je mange chaque jour des plats
différents ici et tous aussi bons les uns que les autres, qu’ils soient salés
ou sucrés. J’apprends qu’en Inde on ne parle pas à table, ce qui est une des
habitudes les plus difficiles à intégrer pour moi, d’autant plus qu’en réalité
on parle quand-même un peu, donc je ne sais jamais si je serai mal polie en
parlant ou en posant des questions… Je me contente de faire des regards
complices à Druhv, avec qui je m’entends très bien mais avec qui je ne peux
malheureusement pas communiquer faute de parler une langue commune.
Programme de l’après-midi : première découverte de la
ville. Kedar me propose un tour en scooter : j’ai la trouille des deux
roues, je ne suis jamais montée sur un scooter de ma vie et j’ai pu constater
la veille l’état du trafic sur les routes indiennes…. Mais on m’a dit que
j’apprécierais l’Inde si j’accepte de me laisser aller à l’allure du pays et
j’ai toute confiance en Kedar, alors j’accepte. Il me tend un casque, trop
grand pour moi. Je lui signale et il me répond : « Ce n’est pas
grave, c’est juste pour la police ». Ah ? Bon dans ce cas… Je
constaterai effectivement qu’au moins la moitié des gens sur les scooters ne
portent pas de casque ou sont assis comme sur une chaise. Parfois même les
indiens montent à 3 sur un même scooter. Au final, la circulation est tellement
dense qu’il est rare de conduire au-dessus de 30km/h en ville, ce n’est
vraiment pas comparable à chez nous.
Je monte sur le scooter et nous voilà partis pour un tour
d’une heure environ, qui vaudra toutes les attractions que j’ai pu tester dans
ma vie ! Nous slalomons entre voitures, scooters, tuk-tuk, vélos,
piétons, charrettes, bus, tracteurs, vaches, cochons, chèvres, chiens...et
dromadaires. La circulation paraît totalement anarchique et j’ai chaque seconde
l’impression que quelqu’un va nous rentrer dedans ou que nous allons heurter un
véhicule, mais non, ça passe toujours. Il semblerait que leur secret soit le
klaxon : ici, on klaxonne pour signaler sa présence aux autres
utilisateurs de la route. Mais comme tout le monde klaxonne donc en permanence,
je n’ai pas vraiment compris quel était le secret de cette circulation à la
fois chaotique et ordonnée. Nous zigzaguons sur les grands axes fréquentés,
empruntons les plus petites routes, nous traversons le marché, les différents
quartiers, chacun d’entre eux appartenant à une caste différente. Une heure de
voyage époustouflant où les odeurs, les couleurs, les bruits, les sensations
sont incomparables et nettement plus riches que tout ce que je n’ai jamais pu
voir dans ma vie.
Nous allons comme ça jusqu’à son bureau, ou plutôt le bureau
de son frère Vikram, celui du tour-opérateur que Kedar a créé il y a 8 ans avant de partir en France, et dont son frère a repris la gestion en Inde. Je
découvre les locaux d’un voyagiste indien. L’équipement est nettement plus
sommaire que quelconque bureau français, mais ça ne les empêche pas de
travailler et de très bien fonctionner. Deux bureaux, deux étagères, un vieil
ordinateur qui a 8 ans, un ordinateur portable, un téléphone, un scanner et une
petite imprimante meublent la pièce. Quelques cartes en guise de décoration, 3
chaises pour recevoir… et c’est tout. C'est pour dire à quel point nous pouvons être exigeants en France : sans un ordinateur récent et la dernière version de Microsoft office, on a l'impression d'être nullement efficace. Et pourtant... ils me semblent bien loin d'être moins efficaces que nous !
La nuit tombée, vers 18h30, nous repartons chez Kedar. J’ai
le droit à une nouvelle course en scooter dans Jaipur. Je suis un peu plus
relax mais tout aussi époustouflée. La nuit, le trafic est nettement moins
dense, et la température chute significativement.
En ce moment, Jaipur connaît une grande vague de froid comme
il n’y en a jamais eu depuis 15 ans. Les prévisions disent que cela va durer jusqu’au
14 janvier. Il est vrai que les nuits sont fraîches, je suis couverte dans mon
duvet résistant à 5°. Mais la journée, je me balade en t-shirt. Cela effraie le
père de Kedar qui m’a donné une petite couverture en laine que je porte en
guise de gilet quand la température commence à retomber. Les gens font des feux
pour se réchauffer : commerçants, SDF, ou même les travailleurs qui
trouvent leur bureau trop frais… !
Quand je suis partie de France, les températures du matin et
du soir étaient semblables à celles de l’Inde. Chez nous, c’est anormalement
« doux » pour la saison, ici c’est anormalement froid. Je me dis que
si l’on ne peut pas parler de réchauffement climatique à proprement parler, on
peut au moins parler de climat détraqué et cela me fait de plus en plus peur
pour les décennies à venir.
Mes premiers jours en Inde me font aussi beaucoup réfléchir
sur notre système hypra-matérialiste. J’avais déjà commencé à prendre un
certain recul sur notre fièvre acheteuse en économisant pour ce périple. Depuis
un an, je me suis interdit d’acheter tout ce qui ne me paraissait pas
« utile ». Autre que mes sorties, transports, alimentation et
vêtements nécessaires, je n’ai plus rien acheté. Combien de fois je me suis
retrouvée à faire les magasins avec mes copines sans rien acheter et en me
disant « ceci n’est pas utile à ma vie ». J’ai alors réalisé à quel
point la plupart des choses que nous achetons sont superflues. Aujourd’hui, je
prends encore davantage conscience de cela. La famille de Kedar vit dans un
quartier populaire, dans des conditions sommaires. Financièrement, son frère
pourrait s’accorder davantage de « confort matériel ». Mais n’ayant
jamais connu d’autre mode de vie, il n’en ressent pas le besoin. Il aimerait
éventuellement changer de quartier pour pouvoir habiter dans un endroit où il
pourrait garer sa voiture et emmener son fils jouer au parc avec les voisins du
quartier. Sa femme ne serait pas contre l’idée d’avoir une cuisine un peu plus
grande. Mais pour le moment, cela leur convient.
Les enfants semblent aussi s’amuser tout autant qu’en
occident, et pourtant, ils ont certainement moins de jouets que les enfants
français des classes les plus modestes ! Un cerf-volant artisanal, une
corde à sauter, une trottinette, quelques petites voitures ou des crayons de
couleurs leur suffisent à s’occuper ! Ah non, j’oubliais la télé aussi… J Mais ici, pas de
poupées par dizaines, de figurines à profusions, de légo par kilos, et ne
parlons pas de la dernière DS ou d’un ordinateur ! Je me dis donc que les
jouets à profusion doivent finir par tuer l’imaginaire des enfants tellement on
peut les entendre dire chez nous « maman, je sais pas quoi
faiiiire ».










Pour ce qui est des enfants j'ai ressenti la même chose que toi pendant mon voyage en Afrique il y a maintenant 9 ans (la vache!). C'est vrai que dans les pays où les gens n'ont pas autant la possibilité de consommer que chez nous on a l'impression que les enfants sont aussi heureux voire même plus parfois!
RépondreSupprimerPour autant je n'irais pas jusqu'à blâmer la DS ou autre lego de tuer l'imagination des enfants pour ma part! Tout est une question d'éducation, et si un jour j'ai des enfants, je veux que leurs passe-temps soient équilibrés et qu'ils puissent s'amuser sur du virtuel et autant sur du plus concret! Et puis c'est aux parents d'être un peu intelligents pour proposer des choses et contrôler ce que leurs enfants font non?
Bref pas de débat sur la parentalité ici... lol
Ton voyage est riche, ce n'est pas étonnant, en tout cas, j'attends la suite avec impatience!
Bisous de France
Bravo, belle expérience !
RépondreSupprimerPour la circulation, on m'avait effectivement raconté le même code de la route que je retrouve bien dans ton article.
Le réchauffement climatique est évident même en restant en France...
Quant à la société de consommation, on voit bien aussi qu'elle trouve ses limites chez nous, accentuées par la crisé économique.
Bref, profite quand même des bienfaits du voyage, tu auras le temps de te poser des questions en rentrant !
Je ne peux pas m'empêcher : prendre sa douche avec un "sceau" effectivement cela doit être compliqué :-) Peut être qu'avec un "seau" c'est plus pratique :-)
Merci pour ton commentaire... et pour ta petite correction ;) J'édite mon article, ce sera presque passé inaperçu...;)
Supprimertoujours autant de plaisir à te lire ma bichette! j'ai bien aimé quand tu slalomais parmi les cochons et dromadaires! Ce devait être quelque chose effectivement^^ et quand aux jeux sans électroniques, c'est sûr que quand, lorsque j'étais enfant, on jouais aux cows-boys et aux indiens ou aux gendarmes et aux voleurs, l'imagination avait toute sa force, car une feuille dans les cheveux nous transformait en chef Cheyenne et un mouchoir (en tissu;-)) plié en triangle, devenait le revolver d'Al Capone^^ C'était une autre époque, elle n'avait pas que du bon non plus, mais la société de consommation à outrance n'avait pas encore fait ses dégâts, et là je te rejoins dans le sens où je lutte aussi pour ne plus adhérer à ça. A la prochaine lecture de tes aventures ma chérie et en attendant je te fais plein de gros bisous. Sois bien prudente!!! Ta Chris
Supprimerje viens de me relire (mais trop tard^^) et j'ai envoyé avec plein de fautes d'orthographe! pardonne les, la prochaine fois je ferai plus attention ;-)
SupprimerCool d'avoir de tes nouvelles et merci de prendre le temps de nous écrire ! Ca m'a fait rire rien que de t'imaginer sur un scooter, alors avec un casque trop grand t'imagines ! ;-)
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